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Aujourd'hui, Damien a 20 ans. Un bail déjà qu'il est revenu de sa longue route autour du monde sur la V'limeuse. À huit ans, il s'embarquait avec ses parents et ses trois soeurs pour un long voyage à bord d'un voilier. La mer, au début, le rendait malade. Si malade qu'il était prêt à se saborder dans l'espoir de mettre fin à ses insupportables nausées. Et puis, la pêche et les manoeuvres ont guéri ce que n'était parvenu à faire aucun comprimé. Le mal envolé, Damien a vogué. Pendant six ans. Ça fait un moment maintenant que la famille a jeté sac à terre. Carl et Dominique ont travaillé à la rédaction de La V'limeuse, leur récit de voyage, et à sa publication. Les filles ont retrouvé la civilisation et ses plaisirs. Quant à Damien, il continue à rêver. Je l'ai croisé le week-end dernier à la marina Gosselin de Saint-Paul-de-l'île-aux Noix. Un jeune homme comme tant d'autres : short, chaussures de trekking au pieds, Ray-Ban sur la tête. Un jeune homme comme tant d'autres, dis-je, à l'exception de ce regard qui le trahit. Damien regarde au loin. Il veut retrouver la mer, le grand large, se mesurer aux éléments et aux hommes. Damien rêve de course océanique. Ce n'est pas courant chez nous, pas autant qu'en France, par exemple. On n'a pas de tradition. Peu de nos marins ont entendu le chant de ces sirènes. Il y a eu Mike Birsh, devenu au fil des ans une légende. Il y a eu Roufs... Damien De Pas, le v'limeux, compte faire comme eux. Comme eux et aussi comme Autissier, Parlier, Bourgnon, Perron. Et comme Autissier, Parlier, Bourgnon, Perron, comme tous ces navigateurs, il commencera par la Mini-Transat. Il la fera, si tout va bien, en 2001. La Mini-Transat pour les non-familiers des courses au large, c'est le début, la rampe de lancement. Pour pouvoir grimper, plus tard, sur des machines de courses de 60 pieds qui flirtent avec les 30 noeuds et qui accélèrent comme n'importe quel bateau à moteur, pour espérer faire un jour la Route du Rhum, la Around Alone, ou le Vendée Globe, faut d'abord passer par elle. On n'y échappe pas. La Mini-Transat est une course en solitaire sur des bateaux de 6,50 mètres (21 pieds). Elle va de Brest à la Guadeloupe avec escale aux Canaries. C'est petit 6,50 mètres (21 pieds). Tout petit. Et c'est grand, l'Atlantique. Très grand. En 2001, Damien courra. J'en suis sûr. Il ne pense qu'à ça. Il s'entraîne. Les plans du prototype sont achetés. Afin de se familiariser avec les matériaux, il travaille déjà chez "SN composite", une firme de Chateauguay", où le voilier sera fabriqué. La quête aux commanditaires est commencée. Essentielle, effrénée, parce qu'on ne peut songer à une telle épreuve sans être supporté, financé. Si tout va comme prévu, au printemps de l'an 2000, le bateau sera à l'eau. Débutera alors l'entraînement intensif, les étapes de qualification, d'autres courses, la Mini-Fasnet, la 6,5 Open, la Trans-Gascogne. Après quoi, Damien y sera. Pourquoi donc raconter cette histoire? Pourquoi Damien? Parce que j'aime les bateaux; oui, bien sûr! Les courses en bateau, aussi. Mais surtout parce que Damien, ce jeune homme, comme tant d'autres de 20 ans, veut d'abord tripper et prendre son pied. Or, il veut aussi se dépasser, se mesurer aux éléments qu'il sait, en toute humilité et à cause de son passé, indomptables. Parce qu'il y a de la noblesse dans ce désir de vouloir lutter, dans la brise et les vagues, contre la fatalité. Parce ce que s'il est assez patient et obstiné pour solidement lier les uns aux autres les maillons de sa chaîne, Damien touchera son rêve du doigt. Et que son rêve est grand, grand comme un océan. |
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