Actualités / Damien / journal / le bateau / construction / la course/ l'équipe/ commandite/ partenaires/ amis/ presse/ photos/ vidéo/ éducation/ calendrier/ budget/ liens/ nous écrire

Dimanche 4 mars 2001

 

 En plus de paraître tous les dimanches dans La Presse, le journal de bord de Damien est archivé sur le portail

à la page: www.cyberpresse.ca/damiendepas

 

Soleil, on tourne!

Brest- Il fait toujours aussi beau! Au cours des deux dernières semaines j'ai compté un nombre record de 13 journées ensoleillées. Du jamais vu ici. C'est super pour le moral. Et ça tombe bien car j'ai de la visite du Québec.

Évangéline, ma soeur aînée, et Normand sont à Brest depuis une dizaine de jours. Normand est cet ami qui m'a loué un espace dans un local à Verdun où j'ai terminé Dingo. Un chic type, toujours prêt à aider, qui est en train d'opérer un virage dans sa vie : il songe à abandonner la course sur hydroplane pour se consacrer plutôt à la voile. Durant plusieurs mois il a vu mon petit bolide prendre forme. D'où l'envie de l'essayer.

Évangéline est venue pour des raisons professionnelles. Bien sûr, elle avait hâte de voir son frérot mais c'est surtout pour tourner des images en vidéo numérique qu'elle est ici. Elle filme chaque étape de mon aventure depuis l'achat des plans de Dingo jusqu'à l'arrivée au Brésil... si tout va bien. Sa formation en cinéma et son goût du voyage l'ont poussée vers le documentaire et je suis en quelque sorte son premier grand sujet!

Son projet a beaucoup évolué en un an. Il prend de l'ampleur. Jacques Pettigrew, président de CinéGroupe, lui a même «prêté» une productrice junior. Le scénario s'est précisé et va être très bientôt présenté aux diffuseurs dans l'espoir de trouver acheteurs et subventions.

À même cette banque d'images, Évangéline réalise aussi de courts documents vidéos qui nous aident dans notre recherche de financement et que l'on peut visionner sur mon site internet : www.oceanenergie.com. Par exemple, les images tournées à Concarneau lors du départ de la Mini-Transat 1999 sont spectaculaires et ont déjà été achetées par diverses organisations. Ce n'était pas évident de se retrouver sur l'eau au milieu des 70 minis qui tiraient des bords et des 200 bateaux spectateurs qui ajoutaient à la confusion. L'embarcation sur laquelle elle filmait roulait comme un tonneau et se tenir debout était déjà un tour de force.

Ça m'a fait un bien fou de voir ma grande soeur et de pouvoir parler en laissant libre cours à mon accent québécois. Parfois ici j'ai l'impression d'être quelqu'un d'autre à force d'articuler chaque mot pour bien me faire comprendre des Français.

Le lendemain matin de leur arrivée, nous étions déjà sur les pontons. Après les émotions habituelles d'une sortie du port à la voile, chacun découvre le plaisir d'être sur l'eau à bord de Dingo. Évangéline est impressionnée par la douceur de la barre et Normand par sa vitesse.

Les conditions sont parfaites pour initier mes nouveaux équipiers. Avec trop de vent, une maladresse dans la manoeuvre pourrait faire souffrir le matériel. Là, tout se passe bien.

Le soir, à notre retour, nous amarrons Dingo à un ponton situé plus près de l'entrée. L'endroit est exposé aux vagues lors de grosses dépressions par vents de secteur sud, mais ce sera plus facile pour nos départs et arrivées sous voiles dans les jours qui viennent.

Cette première sortie avec Évangéline et Normand aura été concluante. Mon équipage apprend vite, même si Normand m'avouera plus tard qu'il a été surpris par le nombre de «cordes» sur le pont de mon bateau. Il ne savait pas trop sur quel bout tirer. Maintenant je les sens tous deux d'attaque pour les prochaines navigations.

Au troisième jour dans la rade, il est temps de leur offrir des sensations fortes. Je vais enfin hisser le fameux «monstre» de 80 m². La brise est idéale. J'attends ce moment magique depuis des mois. Pourquoi tant d'excitation ? Parce que le grand spi affiche les couleurs et le nom de mon commanditaire le plus important à date : CinéGroupe, une compagnie montréalaise aujourd'hui spécialisée dans le dessin animé pour la télévision, le cinéma et l'internet, et qui a produit entre autre les séries télévisées pour enfants «Spirou» et «La bande à Ovide». Ses productions sont reconnues sur la scène nationale et internationale et distribuées dans 125 pays.

Leur appui à mon projet est surtout un coup de coeur de Jacques Pettigrew, le président-fondateur, amoureux des bateaux et équipier-cameraman attitré de Réal Bouvier à bord du J.E.Bernier II, lors du passage du Nord-Ouest à la fin des années 70. C'est d'ailleurs CineGroupe qui a produit en 1980 le film «Cap au Nord», tiré de cette expédition, et quelques années plus tard «Jean du Sud autour du monde», le long voyage en solitaire, par les trois caps, du navigateur Yves Gélinas.

Cet homme m'a fait confiance et aujourd'hui j'éprouve un grand soulagement en respectant la première partie de mon engagement. Dommage qu'il ne soit pas là pour assister au spectacle.

photo Évangéline De Pas

Je passe la barre à Evangéline. Normand s'occupe de mettre le bout-dehors dans l'axe et moi, de mon côté, j'accroche le sac à spi en avant et attache les points de drisse, d'écoute et d'amure. Je reviens ensuite dans le cockpit. De là, je commande tout. Je demande à Évangéline de bien garder le bateau vent arrière pour éviter de partir au lof lorsque le spi se gonflera. Ça y est. Dingo déploie ses ailes et accélère subitement. Je vais voir en avant. Superbe, le logo de CinéGroupe se détache au centre de l'immense étoile blanche, sur fond bleu et vert. Avec un peu de recul, ce doit être de toute beauté.

C'est fou, on va aussi vite que le vent! Je pousse mon cri de guerre en sentant la puissance de Dingo. Évangéline, toujours cachée en arrière de sa caméra, filme et photographie cette scène émouvante.

J'en connais un autre qui serait fier. Je pense à Jean Saintonge, de la voilerie du même nom à Québec, qui m'a offert une importante remise sur la fabrication des voiles de Dingo et qui n'a pas eu la chance encore d'apprécier la qualité de son travail.

***

Évangéline a déjà de l'excellent matériel mais il lui reste à capter des images à partir d'un autre bateau. L'embarcation parfaite est le pneumatique, très stable et capable d'accélération et d'une bonne vitesse. Après quelques démarches, nous dénichons un gros Zodiac équipé d'un moteur de 40 chevaux. Idéal pour suivre un mini dans la brise. Normand s'installera aux commandes. De mon côté, j'ai besoin d'un équipier et j'en trouve un de taille. Frédéric Boursier va naviguer avec moi. Il a fait la Mini-Transat en 1995 et a terminé en cinquième position. Une magnifique performance.

On annonce du mauvais temps pour les quatre prochains jours. C'est aujourd'hui ou jamais. Il y a peut-être un peu trop de vent pour faire des images avec le grand spi mais au moins il fait soleil. Pendant que Normand et Évangéline se préparent à bord du Zodiac, je veille à tout organiser sur mon bateau.

Dans le chenal, une poulie cède en haut du mât et nous sommes obligés d'affaler la grand-voile en catastrophe. Nous dérivons rapidement. Il faut faire vite. Je lance un bout à Évangéline afin que le Zodiac nous remorque. En route vers le ponton pour réparer, second pépin : le moteur cale. Je n'en reviens pas. Le réservoir est plein et le moteur est neuf. Je crie à Normand de vérifier la nourrice. C'était bien ça, l'alimentation s'était débranchée. Ouf!

Second départ, réussi celui-là. Dingo est nerveux. Il va se faire filmer sous tous ses angles. Évangéline s'accroche comme elle peut dans le Zodiac. Elle tente malgré les secousses de garder sa caméra le plus stable possible. Un travail très dur physiquement, mais finalement la journée se déroule très bien. De mon côté, je remercie Éole de m'avoir permis de hisser mon grand spi.

Nous rentrons à la maison. Durant son séjour à Brest, Évangéline reste avec moi chez Hervé et Catherine Lalanne. Hervé sera mon équipier pour les courses en double du calendrier 2001. Il a une grande expérience en mini. Il a participé à la Mini-Transat 1997 et à deux Mini Fasnet, épreuve qui se dispute tôt en saison entre la France et l'Irlande. Ce sera d'ailleurs la première course que nous ferons ensemble en juin prochain.

Il était aussi au départ de la Saguenay 2000 à Chicoutimi où je l'ai rencontré pour la première fois. Pas de chance pour lui et le skipper, Jean Marc Lanussé, un démâtage dans un grain au large des îles de la Madeleine a mis fin à leur espoir de traverser l'Atlantique d'ouest en est et de couper la ligne d'arrivée au Sables d'Olonnes.

Mon entraînement aura été facilité par leur accueil chaleureux. Lorsque je passe toute une journée, seul sous la pluie, à travailler sur Dingo, ça m'encourage de savoir qu'en rentrant le soir je pourrai me faire une petite bouffe au sec tout en rigolant avec une famille que j'aime bien.

Le lendemain matin, je visionne les images d'Évangéline. Sacré travail! Ça fait tout drôle de voir son bateau naviguer de l'extérieur. Là, sous spi avec une belle lumière, c'est vrai qu'il en impose...

Paru précédement:  07-01-01: Une traversée à saveur de curry

14-01-01: Camping sur les quais

21-01-01: «Hé, mec! il arrache, ton bateau!»

28-01-01: En tirant mes premiers bords

4-02-01: Duel sur l'eau et première blessure

11-02-01: La chute du dollar

18-02-01: L'exemple des plus grands

25-02-01: Je bouffe des milles