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Dimanche 8 avril 2001
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D'une pierre, deux coups! Mon père fait des pierres au rein tous les dix ou quinze ans. Et il paraît que c'est très douloureux, qu'il veut mourir à chaque fois. Sa dernière crise, c'était le 24 juin 99 et on peut dire que le financement de mon projet a commencé ce jour-là. Je vous avais déjà parlé brièvement de cette belle histoire «enfantée dans la douleur» comme il se plaît à le répéter, mais en voici à nouveau les grandes lignes. Il se ramasse ( ce sont ses mots) à l'urgence de l'hôpital Charles-Lemoyne sur la rive sud. Le médecin de garde s'appelle Simon Phaneuf. Dans son délire, mon père allume; ce nom lui est familier mais pour l'instant il réclame à grands cris une injection de morphine. Quant au docteur Phaneuf, en consultant la fiche d'admission, il fait rapidement l'association avec la V'limeuse. Leur destin vient de se croiser, le mien s'en vient à grand pas. Quelques heures plus tard, cet urgentologue béni des dieux passe revoir mon père à sa chambre. Le puissant calmant le fait flotter dans les nuages mais ne l'empêche pas d'avoir les deux pieds sur terre. Il lui parle aussitôt de mon projet de Mini-Transat. Mon père a l'intention à ce moment de lancer une campagne auprès de professionnels, hommes d'affaires, etc., en leur sollicitant une contribution de mille dollars. Simon réplique qu'il n'est pas intéressé par un montant de cet ordre, mais qu'il serait prêt à considérer une plus grosse somme... et il lui remet sa carte. Quelques semaines plus tard, je rencontre ce fameux médecin et découvre qu'il dirige aussi quelques sociétés dont l'une en recherche médicale. Nous parlons de voile bien plus que d'argent. Il me raconte qu'il a lu le livre des Glénans (bible de la fameuse école de voile française) quand il avait seulement 11 ans, sans avoir jamais mis les pieds sur un bateau. Il a aussi rêvé de faire de la course océanique avant de choisir la médecine et s'est acheté par après trois voiliers... et une planche à voile. Il s'informe ensuite de mes projets à long terme. Il veut savoir si la Mini-Transat est un trip one shot ou si je veux poursuivre dans cette voie. Enfin, il me dit qu'il ne croit pas au hasard. La scène à l'urgence était un signe que mon projet va réussir. Il a envie d'y participer. En lui serrant la main avant de le quitter, j'ose à peine y croire... Ce pourrait-il que tout soit aussi simple? Eh bien, non! Après ce départ sur les chapeaux de roue, nous sommes retombés en petite vitesse. Aujourd'hui, c'est-à-dire, un an et demi plus tard, je peux vous dire que le financement est bel et bien le côté le plus difficile d'un projet comme le mien. Et qu'il ne faut surtout pas s'attendre à ce que les compagnies vous achètent facilement de la visibilité. L'espace sur ma coque est toujours à vendre, ainsi que presque toute la surface de ma voilure. Jusqu'à maintenant, il n'y a que le logo des Grands Explorateurs que l'on peut voir dans ma grand-voile. Bien sûr, il y a eu le formidable appui de CinéGroupe qui a acheté la visibilité du grand spi, mais mon père considère ne pas avoir de mérite dans ce cas précis. Selon lui, Jacques Pettigrew était gagné d'avance à ma cause. Je sais qu'il a frappé à de nombreuses portes, souvent avec d'excellents contacts, mais sans succès. Et cela même si le président possédait un 54 pieds sur le lac Champlain ou sur la côte est américaine. Mais il n'a jamais baissé les bras. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, me disait-il sans cesse. Pourtant, on ne parle pas de millions. Quand je vois l'argent investi dans certains sports, j'ai du mal à comprendre qu'il ne reste plus un sou pour la voile! Chez nous c'est le hockey, le base-ball et le golf qui siphonne tout. J'espère qu'un jour le gouvernement et les entreprises verront qu'il y a d'autres centres d'intérêts. Dès le début, nous savions que l'argent serait rare. Carl, mon père, m'avait prévenu que la belle époque des années 70 était terminée. Lors de la construction de la V'limeuse, il avait obtenu l'appui d'une centaine de compagnies! Selon lui, il y a moins de trente ans, le milieu des affaires se serait emballé pour mon projet. Aujourd'hui, la plupart des grandes entreprises encouragent seulement les causes humanitaires. Et surtout pas les projets individuels. C'est très bien, leur réplique mon père, mais ne perdez pas de vue la fierté de la jeunesse et son énorme potentiel lorsqu'elle est encouragée. Le problème, c'est que les compagnies classent justement mon dossier dans la catégorie des dons alors que ce n'est pas du tout la charité que nous leur demandons. Mais les entreprises québécoises ou canadiennes ne voient pas encore comment la voile pourrait promouvoir leurs produits. Pourtant, lorsqu'un projet de course au large est bien suivi par les médias, les retombées à long terme peuvent être très intéressantes. J'en ai la preuve depuis que La Presse publie mes textes tous les dimanches. C'est fou comme le public s'intéresse à la voile quand on lui en parle. En France, le phénomène de la commandite à voile est bien connu. Il existe depuis au moins trente ans. Le principe est assez simple et a fait ses preuves. Un bateau peut devenir la vitrine de produits variés allant des matériaux de construction à l'alimentation. Par exemple, lorsque les Français mangent de la pizza Sodebo, ils goûtent tout autant l'aventure humaine de Thomas Coville qui participait au dernier Vendée Globe sur son 60' Open du même nom. On voit beaucoup de commanditaires qui suivent des skippers pendant plusieurs années, ce qui donne le temps au public de s'attacher au marin et à son bateau. Aujourd'hui, même si l'avenir de mon projet reste flou et que je rêve toujours de mettre un nom sur la coque de Dingo, j'ai appris un chose importante. L'attitude de mon père aura été la plus belle des leçons de confiance et de persévérance. Le jour où il s'est retrouvé à l'hôpital, je peux dire qu'il a fait d'une pierre deux coups. Il a trouvé mon premier partenaire financier et m'a montré que lorsqu'on croit vraiment que quelque chose va arriver, cela se produit forcément. De façon parfois très imprévisible. À travers ce projet, il m'a légué une force incroyable. Je dois et devrai toujours avoir confiance en ce que je fais. Et ça, c'est encore mieux que l'argent. J'ai peut-être les poches vides, mais malgré tout, j'arrive à aller de l'avant. Dingo va bientôt être en configuration course avec tout l'équipement électrique et de sécurité nécessaire. Le dernier Salon du Bateau de Montréal et la participation de Renaud-Bray Avenue du Parc aura permis en vente de t-shirts et en dons de ramasser de quoi acheter le radeau de survie et la balise de détresse.
Les deux autres sont chacune sur un bateau voisin et s'occupent de contrôler les deux drisses. Ainsi, je suis capable de lever mon mât à la verticale tout en le centrant. Ça me fait du bien de voir Dingo prêt à naviguer de nouveau. Vendredi dernier, Bernard Stamm amenait Superbigou, son 60' Open, au chantier Latitude 48 24' pour une révision complète avant la nouvelle saison de course. Je me suis joint à l'équipe d'Ollivier Bordeau pour l'opération. La veille, j'avais travaillé très tard à bord de Dingo et plutôt mal dormi, moitié assis à côté de la chauffrette pour surveiller le séchage de la résine. À peine trois petites heures de sommeil. Je me lève un peu courbaturé, attrape une brioche et un jus d'orange à la boulangerie du coin et arrive à 7h30 au chantier. On commence par démâter. Ça me fait tout drôle d'être sur le pont du monocoque le plus rapide de l'Atlantique Nord et de discuter avec Bernard Stamm. Ensuite, on prépare le bateau pour sa sortie de l'eau. Une heure plus tard, plusieurs personnes s'attaquent au démontage de la quille pendulaire et des deux safrans. Superbigou doit être abaissé pour passer la porte du chantier. La partie du bateau qui m'a impressionné le plus est la quille. Quatre mètres de tirant d'eau et un bulbe énorme de trois tonnes pour une coque qui en pèse cinq et demie. En la regardant, je peux m'imaginer la puissance d'un 60' Open. Mission accomplie. En moins de 5 heures, l'opération est terminée et le bateau repose sur son ber à l'intérieur. De mon côté, je suis content d'avoir ajouté ma goutte d'eau à cet océan d'énergie... |
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Paru précédement: 07-01-01: Une traversée à saveur de curry
14-01-01: Camping sur les quais
21-01-01: «Hé, mec! il arrache, ton bateau!»
28-01-01: En tirant mes premiers bords
4-02-01: Duel sur l'eau et première blessure
18-02-01: L'exemple des plus grands
25-02-01: Je bouffe des milles
11-03-01: Une première qualification de 7 à 10 jours
18-03-01: La plus petite des grandes courses