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Dimanche 25 mars 2001
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L'océan me manque C'est quand même formidable d'être entouré d'autant de coureurs d'expérience avec qui j'en apprends un peu plus chaque jour. Certains sont d'anciens «ministes ». Chacun me raconte les péripéties de sa course et les moindres détails de leurs témoignages m'intéressent. Par exemple, Pierre Rolland, l'architecte de mon bateau, m'a déjà parlé brièvement de ses deux Mini-Transats. Sa première était en 1991 sur son proto Boule de neige dont le dessin allait donner naissance au fameux bateau de série «Pogo». Heurté par une grosse déferlante au large de l'Espagne, il a dû abandonner. Un côté de son mini s'était délaminé sous l'impact. En 1993, il repartira à nouveau. Pas de chance, la première étape sera annulée pour des raisons de fort coup de vent alors qu'il était très bien positionné dans l'ouest. L'autre soir, j'ai décidé de poser quelques questions à Hervé Lalanne qui m'héberge à Brest et sera mon futur équipier pour les courses en double. Nous avions déjà eu l'occasion de discuter de sa Mini-Transat, mais cette fois-ci nous sommes rentrés un peu plus dans les détails. En 1995, lors du départ de la Mini-Transat à Brest, Hervé observe les bateaux s'éloigner dans la Rade et décide à ce moment même de se lancer dans l'aventure. L'idée germait depuis quelques années puisque plusieurs de ses amis, dont Ollivier Bordeau, avaient vécu l'expérience. Hervé aimait l'atmosphère sur les pontons : «Ça sentait bon l'aventure!» Le côté humain de cette course lui avait bien plus aussi. Sur 55 participants, il y avait toutes sortes de personnalités. D'après lui, cette hétérogénéité des skippers de la Mini-Transat ne se retrouve pas dans des courses de plus haut niveau. «Il y a des jeunes qui espèrent lancer leur carrière»... Hervé me regarde avec un grand sourire. «Il y a des hommes d'affaires, des skippers professionnels, des médecins, des aventuriers, des pères de familles qui veulent s'évader et j'en passe». Hervé consacre deux ans à temps partiel à sa préparation. Après mûres réflexions, il choisit un 6.5 mètres de série, le Pogo. Ce bateau correspond bien à ses objectifs. Il l'achète en kit et le soir, après le boulot, travaille en arrière de chez lui. Hervé m'avoue que ce projet de Mini-Transat était pour lui le meilleur compromis entre la course au large et la famille. Il souhaitait faire cette traversée davantage pour l'aventure que pour la compétition et pour réaliser un rêve qu'il avait depuis bien longtemps : traverser l'Atlantique... «Je voulais faire une belle course avec la satisfaction d'avoir mené à terme un tel projet.» Son souhait sera exaucé. Hervé termine la Mini-transat 1997 en milieu de tableau. Il me raconte ensuite comment il a géré son sommeil, point délicat pour un solitaire. Il dormait toujours par tranche de 25 minutes avec l'aide d'une grosse alarme pour être certain de se réveiller. Un des conseils qu'il m'a donnés est de récupérer le plus possible lorsqu'on navigue au près. Le bateau est alors très bien barré par le pilote et il ne faut pas hésiter à faire des réserves de sommeil pour les allures plus rapides qui demandent une grande vigilance du skipper. Assis devant la télévision, j'attends une pause publicitaire pour lui poser ma dernière question. Je veux savoir s'il a beaucoup appris sur lui-même durant cette course. «Bien sûr, je crois que tout individu apprend à se connaître en repoussant ses propres limites. Donc, lors d'une course en solitaire de longue haleine on ne peut faire autrement, surtout lorsque l'on vit dans un si petit espace.» «Il y a aussi des moments de questionnement et de réflexion face à la solitude,» ajoute-t-il. «Surtout lors de calmes plats. Le plus dur c'est d'être seul lorsque ça va mal... On dit souvent que la Mini-Transat rend philosophe.» À la fin, Hervé se retourne vers moi : « Et toi, Damien, pourquoi as-tu choisi cette course? » Je me suis fait poser cette question si souvent que je n'hésite pas à lui répondre.
Ici, en France, beaucoup de coureurs de la Mini-Transat ont construit comme moi leur bateau. Je discute souvent avec l'un d'eux : Frédéric Boursier. Sur l'eau, lors de nos sorties sur Dingo ou à l'atelier, nous parlons de voile et de minis avant tout. Un matin, autour d'un bon café, je lui ai posé quelques questions sur le déroulement de sa course. Il a pris le départ de l'édition 1995 sur son proto Rolland. Il lui a fallu dix mois de dur travail avant de mettre Réglisse à l'eau. Une expérience qu'il ne recommencerait pas dans les même conditions. Il a dû mener à terme et pratiquement seul sa construction avec un budget restreint. Frédéric n'a pas eu beaucoup de temps pour s'entraîner. La construction l'a tenu occupé jusqu'à la dernière minute, mais il se sentait bien dans sa tête et prêt à prendre le départ. Il connaissait la mer et ses caprices depuis longtemps. Très jeune il faisait déjà des ronds dans l'eau en dériveur. Il en a même fait son métier en devenant skipper professionnel. La première étape de la course a été difficile pour lui. « La construction d'un bateau, c'est dur physiquement et la santé en prend un coup ». Frédéric m'avoue avoir eu du mal à se remettre dans le bain de la navigation. Il arrive quand même sixième aux Canaries et cinquième au général. J'ai bien rigolé lorsqu'il m'a dit qu'il avait eu le temps de lire deux livres durant la première étape. Au près, il laissait la barre au pilote et lui, assis au rappel, bouquinait tranquillement. Contrairement à Hervé, Frédéric ne s'est pas préoccupé de la gestion de son sommeil. À vrai dire, me confie-t-il, il dormait beaucoup. En moyenne six à sept heures par jour. Il est d'accord avec moi pour dire que celui a construit son bateau démarre avec une longueur d'avance. Ainsi, il connaît les points forts et faibles de sa monture. Mais ce n'est pas suffisant. Il insiste sur le fait qu'il aurait voulu naviguer davantage sur Réglisse avant la course pour être capable de le pousser au maximum. Les protos ont un potentiel énorme, mais il faut savoir l'exploiter, connaître ses limites pour ne pas trop casser le matériel. Un skipper mal préparé devra lever le pied plus vite. C'est à ça que je travaille présentement. Et concernant les points faibles de Dingo, je discute depuis quelques jours avec les personnes ressources qui m'entourent afin de trouver la meilleure solution pour mes barres de flèches. Pour confirmer mes inquiétudes, le proto flambant neuf de Pierre Rolland, loué à un coureur pour la saison 2001, a démâté à sa deuxième sortie dans la rade il y a une semaine. Les deux barres de flèche centrales ont cassé net suite à une mauvaise manoeuvre et le mât est tombé vers l'avant. Depuis, tout le monde s'interroge sur la solidité des colliers en carbone et surtout, sur leur capacité de pardonner une erreur de manoeuvre. Ce serait simple si les avis concordaient. Le problème, c'est que personne ne propose la même solution. Une fois de plus, je me sens bien seul avec mon expérience toute neuve des composites et des prototypes. Pourtant je dois trancher et faire le bon choix. Cela fait sans doute partie de mon apprentissage de solitaire. |
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Paru précédement: 07-01-01: Une traversée à saveur de curry
14-01-01: Camping sur les quais
21-01-01: «Hé, mec! il arrache, ton bateau!»
28-01-01: En tirant mes premiers bords
4-02-01: Duel sur l'eau et première blessure
18-02-01: L'exemple des plus grands
25-02-01: Je bouffe des milles
11-03-01: Une première qualification de 7 à 10 jours
18-03-01: La plus petite des grandes courses