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Dimanche 18 mars 2001

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La plus petite des grandes courses au large.

Brest. Pluie et vent sur la rade. Depuis qu'Évangéline est repartie pour le Québec, le système des dépressions de l'Atlantique Nord est de retour. Ça m'arrange en fait car j'ai du boulot à terre. Dingo est démâté et je travaille au chantier pour renforcer les colliers de barres de flèches. J'irai aussi faire raccourcir une partie de mon haubannage chez Techniques Gréement et peut-être peindre mon mât.

Il y a longtemps que je voulais vous parler de l'historique de la Mini-Transat, question de bien faire comprendre son évolution en 24 années d'existence. Comparez un peu ces chiffres : en 1977, année de sa création, le plus rapide mettait 38 jours à une vitesse moyenne de 4.3 noeuds pour rallier Penzance (pointe sud-ouest de l'Angleterre) à Antigua aux Antilles, une distance de 4 000 milles nautiques. En 1999, Sébastien Magnen complétait le parcours Concarneau-Guadeloupe en 24 jours à 6.4 noeuds de moyenne. Quant à la gueule que les minis se payent aujourd'hui, par rapport aux bateaux d'alors, c'est comme voir côte à côte une Porsche Carrera du dernier salon de l'automobile avec une Coccinelle des années soixante. Les coques se sont élargies, les mâts et les bouts-dehors rallongés, surtout dans la catégorie des prototypes. À elle seule, la voilure a augmenté d'au moins 50%.

Voilà donc l'occasion parfaite pour vous causer de tout ça alors que j'ai les mains dans la résine.

La Mini-Transat, appelée «la plus petite des grandes courses au large», et pour laquelle je me prépare depuis maintenant deux ans, est malheureusement encore mal connue en Amérique du Nord. Lorsque j'ai commencé à en avoir des échos, j'ai été le premier surpris d'apprendre que c'est un Britannique qui a eu l'idée d'organiser cette course océanique pour petits yachts. Ce geste survenait après le gigantisme de certains voiliers inscrits à la Transat Anglaise de 1976. Alain Colas, le plus extravagant, manoeuvrait seul Club Med, une bête à trois mâts de 72 mètres, suivi par Vendredi 13, long de 39 mètres et Pen Duick VI, 22 mètres, mené par le vainqueur Éric Tabarly. Aujourd'hui, la limite des bateaux inscrits aux courses en solitaire est établi à 18 mètres, soit 60 pieds.

Bob Salmon, dégoûté de la tournure que prenait la course au large, réagit en créant la Mini-Transat. En réduisant la taille des voiliers à 6,5 mètres (21 pieds), ce qui lui semblait la limite acceptable pour la haute mer, Salmon réduisait du même coup les budgets de construction ou d'achat des bateaux engagés dans sa course. Il voulait rendre l'aventure accessible à tous ceux qui n'étaient pas riches mais rêvaient de traverser l'océan en course. Pour s'assurer toutefois que les bateaux étaient capables d'affronter les pires conditions, l'histoire dit qu'une grue les faisait tomber d'une hauteur de 4 mètres dans le bassin du port et que s'ils résistaient à l'impact, ils pouvaient prétendre à la traversée.

Aussitôt, tout le monde le traite de fou. La presse anglaise et française boude l'événement ou s'acharne contre lui. Certains accusent la bande de jeunes voyous inscrits à cette «transat des pauvres» d'offrir à leurs sponsors de la visibilité à peu de frais, ce qui pourrait nuire aux autres projets de courses océaniques qui impliquent d'énormes budgets.

Une majorité de Français s'inscrit à la première édition. Au total, vingt-six concurrents prennent le départ à Penzance, en Angleterre. Aux côtés de marins d'expérience, plusieurs jeunes d'à peine vingt ans en sont à leur première traversée, dont Halvard Mabire, qui se classera troisième à l'arrivée aux Antilles, et Bruno Peyron qui deviendra l'un des grands skippers de sa génération. Bob Salmon arrivera 15e sur les 19 finissants. Même résultat pour lui deux ans plus tard, alors que 28 coureurs rallieront Antigua sur les 32 inscrits.

À partir de 1985, les Français prennent la relève de l'organisation. Le parcours ne change pas beaucoup. La course part de Bretagne et arrive en Guadeloupe ou en Martinique, selon les années. Il y a toujours une escale aux îles Canaries pour permettre aux coureurs de reprendre leur souffle après une première étape de 1 300 milles souvent difficile. La traversée comme telle de l'Atlantique, qui fait environ 2 700 milles, débute vers la mi-octobre, période qui correspond à la fin de la saison des cyclones.

photo Damien De Pas

Test de redressement sur l'un des bateaux qui a pris le départ de la Mini-Transat 1999

La popularité de la Mini-Transat augmente d'une édition à l'autre et cela malgré certains bilans lourds en abandons et parfois même en disparitions. Pour éviter les drames, les règlements concernant la sécurité se renforcent. Les bateaux deviennent insubmersibles, avec des compartiments de mousse qui doivent garantir le maintien à flot du bateau envahi par l'eau, avec un équipage de deux personnes. Chaque mini est soumis à des tests de jauge, comme celui du redressement où l'on place une charge de 45 kilos en tête de mât. On simule ainsi le poids d'une vague dans les voiles quand le bateau est couché par le vent. Il faut qu'il se redresse seul.

Les bateaux sont donc plus sécuritaires mais ils demeurent fragiles, construits les plus légers possibles. Sur les prototypes de la dernière génération, il ne faut pas commettre d'erreur à la manoeuvre. Ça oblige les coureurs à bien connaître leur monture et à se préparer sérieusement.

L'évolution des 6.5 mètres est constante et elle ne ralentira pas de sitôt. Jusqu'ici, les carènes avaient été dessinées et optimisées pour un parcours avec une dominante de vents portants. Mais cette année, les conditions vont changer. Pour la première fois de son histoire, la Mini-Transat se terminera à Salvador de Bahia au Brésil. La distance totale de la course est la même. Ce sont surtout les conditions de vent entre les Canaries et l'Amérique du Sud qui feront la différence.

Avant, le principal défi des concurrents était de rejoindre la latitude des alizés le plus vite possible. Ces vents portants du nord-est soufflent avec régularité sur la hanche des minis et assurent un excellent rythme de traversée.

Le nouveau parcours obligera les bateaux à franchir l'équateur, une zone de transition entre deux régimes d'alizés différents. C'est une ligne symbolique, disent les organisateurs. C'est surtout un endroit où il y a peu de vent, surnommé le pot au noir, cauchemar de tout navigateur et plus encore des coureurs. Je me souviendrai toujours, à bord de la V'limeuse, de notre plus longue traversée, 30 jours dans l'Océan Indien, justement parce que nous passions de l'hémisphère sud à l'hémisphère nord, en route de Bali au Sri Lanka. Des jours et des jours à nous traîner dans une mer agitée. Nous prenions nos douches sous les énormes grains où le vent pouvait souffler jusqu'à 40 noeuds. Mais entre les nuages, pas un souffle. Souvent nous devions partir le moteur.

C'est vrai que la V'limeuse n'allait pas très vite dans les petits airs, mais au moins on pouvait se mettre à l'abri du soleil. J'imagine assez bien quel enfer physique et psychologique ça peut devenir à bord de nos palaces flottants de 21 pieds, qui n'offrent aucune protection contre la chaleur et l'humidité. Comme nous n'avons droit à aucune assistance extérieure, il sera impossible de savoir où se situe exactement le fameux pot au noir entre l'Afrique et l'Amérique du Sud et quel est le meilleur endroit pour le traverser en longitude.

Le défi de la prochaine Mini-Transat sera donc encore plus grand. Ce qui ne semble pas décourager les candidats. Car si une seule chose n'a pas changé depuis 1977, c'est l'enthousiasme qui entoure cette course. L'enthousiasme de ceux qui se préparent comme de ceux qui l'ont déjà faite. Yves Parlier, par exemple, qui a remporté l'édition 1985 et qui termine en ce moment le Vendée Globe après avoir parcouru plus de la moitié du globe sous gréement de fortune, a dit un jour de la Mini-Transat qu'elle était de loin la course qui lui laisse le meilleur souvenir. Venant d'un aussi grand marin, le commentaire a encore plus de poids.

D'ailleurs, la semaine prochaine, je vous apporterai les témoignages de quelques anciens participants que je côtoie quotidiennement à Brest.

***

J'aimerais remercier tous ceux qui passent chez Renaud-Bray (succursale Avenue du Parc) pour acheter un t-shirt ainsi que toute l'équipe de la librairie qui contribue à cette levée de fonds. Merci aussi à ceux et celles qui visitent mon site internet et m'écrivent des messages d'encouragement. J'apprécie, même si je mets parfois du temps à répondre.

Enfin, Évangéline a fait un montage d'images vidéo de Dingo sous voiles dans la rade de Brest. Elle le présentera encore aujourd'hui et demain au kiosque d'Océan Énergie (R8, mezzanine nord) au Salon du Bateau qui se tient à la Place Bonaventure.

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21-01-01: «Hé, mec! il arrache, ton bateau!»

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