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Dimanche 11 mars 2001
En plus de paraître tous les dimanches dans La Presse, le journal de bord de Damien est archivé sur le portail
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La course est lancée Brest- Après deux mois de navigation sur Dingo, je peux dire qu'une première pression est tombée. Je suis satisfait de mon bateau et mon apprentissage se déroule bien. Mais une autre pression s'installe. La course est lancée. Je ne parle pas de celle qui va partir en septembre prochain de La Rochelle, la Mini-Transat même, la grande des grandes, mais de cet autre aspect de la compétition qui s'appelle la course aux qualifications. Et dans le cas qui nous concerne, cela n'a rien à voir avec la course automobile, par exemple, où le plus rapide est en pôle position et ainsi de suite. Ou encore avec les sports olympiques où l'on prend les meilleurs résultats. Pour la Mini-Transat 2001, les 54 concurrents seront choisis pour deux raisons principales : la date à laquelle ils auront terminé l'ensemble de leurs qualifications, complétant ainsi leur dossier d'inscription, et deuxièmement, leur ancienneté dans le milieu des minis. C'est à dire qu'en cas d'égalité «le nombre de milles parcourus en course mini sur le même bateau départagera les ex-aequo». Les qualifications sont divisées en deux catégories : hors-course et en course. La première vise à vérifier le degré d'autonomie du candidat en lui demandant de naviguer en solo sur une distance de 1 000 milles. Ceux qui ont déjà fini une Mini-Transat n'ont pas à faire ce parcours. Pour moi, ce sera le prochain grand défi. Et le plus vite sera le mieux comme ne cessent de me le rappeler les copains. «Alors, Damien ! C'est pour quand cette qualification en solo ? Dépêche-toi, sinon il ne restera plus de place!». Bien d'accord, mais il est encore un peu tôt en saison. N'oublions pas que je me trouve en Bretagne, dans l'hémisphère Nord, en plein hiver. Un des pires endroits au monde pour la météo. Le golfe de Gascogne, la Manche et la Mer d'Irlande sont des lieux de navigation où le temps peut très vite se détériorer. Ensuite mon bateau n'est pas fin équipé pour une aussi longue navigation. Il lui manque du matériel de sécurité dont une balise de détresse et un radeau de sauvetage. Et surtout, un pilote automatique. Sans cet instrument, je ne peux pas naviguer en solitaire. C'est lui qui prendra ma relève pour barrer Dingo, quand je serai occupé à manoeuvrer, à calculer ma position, à choisir mes options météo, à manger ou à dormir. Même avec le meilleur des bateaux, on ne tient pas le rythme d'une course si le pilote tombe en panne. J'ai longtemps hésité entre deux modèles, mais sur les conseils d'anciens participants, j'ai pris ma décision. Je négocie en moment avec la compagnie française NKE qui fabrique un système doté d'une intelligence artificielle : le gyro pilote. Ce cerveau analyse un ensemble de données telles que la vitesse, le cap, la force du vent, et l'état de la mer. Il en arrive à anticiper les mouvements du bateau et à lui imprimer une direction la plus rectiligne possible. C'est surtout un avantage aux allures portantes où les bateaux équipés de pilotes traditionnels ont tendance à tracer une route en zigzags. Au bout d'une traversée de 3 000 milles, cela fait une bonne différence. Je suis conscient que le temps presse, mais à mes yeux la préparation est aussi importante sinon plus que la navigation elle-même. Pour me qualifier, je devrai compléter au total deux mille milles nautiques sur Dingo d'ici la fin-juin. C'est beaucoup, et ça demande une grande confiance dans son bateau. Je vous avais déjà dit, aussi, que Dingo serait démâté pour me permettre de renforcer les barres de flèches. J'hésitais entre le faire maintenant ou après ma première qualification en solo. Je crois que j'aurai la conscience plus tranquille si je m'en occupe tout de suite. Ce sera donc ma prochaine opération. J'en profiterai pour ajuster tout ce qui touche le gréement et les voiles. Revenons donc à ces fameuses qualifications dont j'ai commencé à vous parler. Pour les 1 000 milles hors-course, la date est choisie par le skipper qui a jusqu'à trois mois avant le départ de la Mini-Transat pour les compléter. Ce qui me laisserait théoriquement jusqu'au 22 juin. Mais comme je l'ai dit plus haut, la réalité est différente. La Mini-Transat a lieu tous les deux ans et plusieurs coureurs ont déjà commencé à se qualifier la saison dernière. Ils ont une longueur d'avance sur tous ceux qui, comme moi, viennent de mettre leur bateau à l'eau. De plus, le nombre de participants a été ramené de 70 à 54 cette année, alors que la popularité de la Mini-Transat augmente d'une édition à l'autre. Tout ça pour dire que les places sont rares. Premier arrivé, premier servi. Je devrai donc me lancer aussitôt prêt, vraisemblablement début avril. Le parcours dans l'Atlantique Nord est défini par la Classe Mini. En partant de Brest, j'irai virer un bateau-feu au sud de l'Irlande. Ensuite, je ferai cap au sud-est pour contourner, 500 milles plus loin, le Plateau de Rochebonne, en y relevant trois bouées. Puis Dingo passera au sud de l'île de Ré avant de pointer à nouveau son étrave vers Brest. J'aurai droit à une seule escale, si je le juge nécessaire, qui ne devra pas dépasser 72 heures. Le règlement indique toutefois que «le parcours de qualification étant fait pour renforcer le sens marin des participants, ils peuvent, en cas de force majeur météo uniquement, décider de prolonger leur escale ou de s'arrêter à nouveau».
Une fois cette dure épreuve terminée, rien n'est encore gagné. Il me restera 1 000 milles en course du calendrier Mini, en solo ou en double, avec au moins une étape de plus de 500 milles sans escale, à compléter à bord de Dingo. Là encore, l'important n'est pas de performer mais bien de terminer chacune des courses car seuls ceux qui franchissent la ligne d'arrivée se voient accorder la distance parcourue. La Classe Mini veut s'assurer, à travers ces événements, que les 54 bateaux choisis sont fiables, de même que leurs skippers bien sûr. Les deux premières courses de la saison, la Select 6.5 et la Mini-Pavois, épreuves en solitaire qui ont lieu en mai prochain, devraient totaliser la distance nécessaire. D'autres courses suivront, comme le Mini Fasnet, du 10 au 17 juin, auquel Dingo est inscrit. Mais si tout s'est bien passé avec les premières, mon dossier sera déjà complété et je saurai alors si j'ai réussi à prendre ma place parmi les 54 concurrents. Sinon, je serai sur la liste d'attente... Quand je parle de 54 bateaux, j'oublie de dire qu'ils sont divisés en deux catégories. Il y a les 6.50 de série et les prototypes, dont Dingo fait partie. Or, pour la première fois, la Classe Mini a accordé un nombre égal de places à chacune des catégories. Il y aura donc 27 bateaux de série et 27 prototypes. Plusieurs personnes ont manifesté leur mécontentement car il y a toujours un nombre supérieur de prototypes qui se préparent pour cette course. Disons que les nouveaux règlements font beaucoup jaser. D'abord le changement de parcours. Pour la première fois en 24 ans d'existence, la Mini-Transat ne se terminera pas aux Antilles mais au Brésil, obligeant les bateaux à traverser l'équateur et la zone du Pot au Noir. Je vous en reparlerai. Mais c'est surtout l'augmentation des distances de qualification et la diminution du nombre des inscrits qui mettent une pression supplémentaire sur ceux qui se préparent. La plupart de ces décisions visent à renforcer le sérieux des participants. Et sur ce point je donne raison à la Classe Mini. J'étais sur place pour l'édition 1999 et je me souviens d'avoir été frappé par le nombre d'abandons. Le lendemain matin du départ, ils étaient une vingtaine amarrés aux pontons. Une grosse dépression allait passer sur le golfe de Gascogne et plusieurs ne se sentaient pas prêt à affronter de telles conditions. Un dur bilan qui a fait mal aux organisateurs. 44 bateaux seulement, sur un total de 70, ont terminé la première étape et 38 sont arrivés en Guadeloupe. Deux jours après le départ, le vent est monté jusqu'à 60 noeuds dans le plus fort de la dépression. Il y a eu 8 hélitreuillages et beaucoup de balises déclenchées. Une édition que les Affaires Maritimes et les assureurs ont du mal à oublier. Alors oui, c'est vrai, les règles du jeu sont plus sévères, mais le motif est louable. Après tout, nous naviguons sur les plus petits bateaux de la course au large. *** Cette année, il n'y a qu'un seul salon nautique à Montréal et il aura lieu à la Place Bonaventure du 15 au 19 mars. Les responsables du Salon du Bateau offrent leur collaboration à mon projet en permettant à mon équipe de communication d'y vendre des t-shirts. Des membres de ma famille seront donc présents au kiosque R-8, mezzanine nord. Évangéline, de retour de France, pourra vous donner les dernières nouvelles. Peut-être même aura-t-elle eu le temps de faire un court montage avec des scènes tournées dans la rade de Brest. |
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Paru précédement: 07-01-01: Une traversée à saveur de curry
14-01-01: Camping sur les quais
21-01-01: «Hé, mec! il arrache, ton bateau!»
28-01-01: En tirant mes premiers bords
4-02-01: Duel sur l'eau et première blessure
18-02-01: L'exemple des plus grands
25-02-01: Je bouffe des milles